Le secours RNIS par NAS
Un NAS c’est quoi ?
Le NAS (Network Access Server) est une sorte de PoP (Point Of Presence ou Point d’accès) un peu spécifique. Il a pour fonction première de fournir des méthodes d’accès les plus variées possibles sur un réseau.
Ainsi un NAS peut proposer des accès téléphoniques classiques (dits RTC), des accès de type RNIS (pour notre cas c’est obligatoire !), des accès en mode synchrone ou asynchrone, et voir des accès de type GSM ou UMTS pourquoi pas !
Plus le NAS permettra des accès variés et en nombre plus il sera cher ! Mais ce n’est ici pas notre problème ! En effet, je n’ai pas l’intention de vous inviter à installer un NAS « personnel » sur votre réseau, c’est totalement désué de nos jours (dans ma longue carrière je ne l’ai vu qu’une seule fois !), c’est cher et finalement guère moins compliqué (sur les aspects dimensionnements) que ce que nous avons vu précédemment.
Nous allons donc plutôt nous orienter vers l’utilisation des NAS que proposent la majorité des opérateurs dans le cadre de leurs offres de réseaux.
Les avantages du NAS opérateur
Les NAS fournis par les opérateurs ont vraiment de gros avantages :
Ils sont placés en cœur de réseau : ceci implique que tout équipement qui établi une connexion sur le NAS est de ce fait directement connecté au backbone. Dans le cas d’un secours RNIS, le site en mode secours sera donc abouté au réseau de la même façon que lorsqu’il est connecté en mode nominal sauf qu’au lieu d’être à l’extrémité d’une liaison permanente il est connecté sur une liaison commutée (RNIS). Ceci supprime les soucis de transfert de trafic identifiés dans le cas d’un secours bout en bout (le site accueillant la connexion de secours devant assurer le renvoi du trafic du site secouru dans le réseau via son propre raccordement nominal).

Le dimensionnement des accès n’est plus de votre ressort : vous n’avez plus à définir un potentiel d’usage en mode secours pour dimensionner le nombre d’accès RNIS à mettre en place. C’est à l’opérateur de surveiller les taux d’utilisation et de mettre en œuvre les upgrades nécessaires. D’ailleurs si l’opérateur est sérieux il aura plus d’un NAS ! Il pourra donc s’arranger pour répartir la charge ! Pour votre cas, vous devez donc juste estimer le débit de secours nécessaire pour votre site (ou pour chaque site de votre réseau).
Ils sont généralement secourus : comme indiqué précédemment, tout opérateur sérieux aura plus d’un NAS sur son réseau backbone. Il pourra donc s’assurer d’un reroutage des demandes de connexion si le NAS appelé ne répond pas (hors service ou surcharge). Pour cela il utilisera les fonctionnalités du Réseau Intelligent (RI). Essayons d’expliquer simplement ce qu’est le RI !
Le RI est en fait un ensemble de services évolués construits sur la base des fonctionnalités offertes par le réseau de signalisation RNIS. Ce réseau de signalisation est distinct du réseau de commutation lui-même, on l’appelle le réseau « sémaphore », il utilise la normalisation CCITT N° 7 (pour les curieux ou érudits : on parle aussi bien de réseau « sémaphore » que de réseau « CCITT N° 7 » ! C’est la même chose !). En fait, les canaux B d’un accès RNIS sont connectés au réseau de commutation, et les canaux D sont connectés au réseau « sémaphore ». C’est le réseau sémaphore qui véhicule toute la signalisation nécessaire à l’établissement, la gestion et la libération d’une communication sur canaux B. Avant chaque établissement de connexion il y a donc au préalable des échanges de signalisation sur canal D entre les deux partenaires. Ces échanges de signalisation ne sont pas directs, ils sont relayés par le réseau sémaphore. Lorsque A (site à secourir) souhaite établir une communication vers B (NAS de secours), il transmet sur canal D la demande de connexion en indiquant le débit souhaité (défini le nombre de canaux B à établir), le type de service (il est possible en RNIS d’indiquer le type de service que l’on souhaite véhiculer sur les canaux B. Il existe les services Voix ou Data), le numéro appelé et une foule d’autres petites informations pas forcément captivantes pour nous ici ! Le réseau sémaphore va relayer ses informations vers B. Si l’équipement connecté à B n’est pas disponible (hors service ou surchargé), le point d’accès sémaphore de raccordement le saura. Le titulaire du raccordement pourra avoir souscrit à des différentes options comme « Reroutage sur indisponibilités ». L’opérateur RNIS aura dans ce cas programmé dans un le réseau sémaphore une redirection de l’appel vers un autre numéro en cas d’indisponibilité de B. L’appel de A sera donc envoyé ainsi vers un autre NAS ! Le secours est ainsi assuré de manière totalement transparente pour A !

Ils sont répartis géographiquement : si le backbone opérateur est étendu (dimension nationale ou internationale) il est probable que les NAS soient répartis sur l’ensemble du territoire couvert. Ceci permet :
- d’éviter que tous les NAS soient HS en même temps par exemple en cas de coupure d’électricité prolongée sur une zone géographique,
- d’équilibrer les charges d’entrées dans le backbone en évitant des raccordements « hauts débits » sur un nombre restreint de point d’accès au backbone. En effet, si le PoP de raccordement des NAS est hors service ceci impacte fortement les capacités d’accès au backbone.
- de diminuer les distances de communication entre les sites appelants et les NAS. Plus le NAS est prêt moins la communication est chère ! Ainsi si votre site est à New Yrok il est préférable qu’il appelle un NAS à Washington plutôt qu’à Paris ! De la même manière, le site de Marseille appellera plutôt le NAS de Marseille (s’il y en a un) plutôt que celui de Paris !
Petite remarque : Bien souvent l’opérateur n’aura qu’un seul et même numéro d’appel pour ses différents NAS d’un même pays. Donc tous les routeurs RNIS français (par exemple) de votre réseau auront le même numéro d’appel vers le NAS, que le site soit à Marseille ou à Paris. C’est encore une fois le RI qui assurera le reroutage vers le NAS le plus proche du site appelant. On appelle cela le routage géographique ! Ha ! Il est fameux ce RI !
La tarification est plus attractive : au final, une solution de secours par NAS présentera une tarification beaucoup plus attractive qu’un secours bout en bout personnalisé. Ceci en raison des principaux points suivants :
- mutualisation : les NAS opérateurs sont mutualisés pour tous les clients de l’opérateur. Le coût d’exploitation est donc divisé. De plus bien souvent ces NAS ne sont absolument pas dédiés à la fonctionnalités de secours RNIS. Les mêmes équipements permettront d’assurer la connexion de nomades (utilisateur avec son PC portable qui se promène dans la nature et veut quand même consulter ses mails !) par exemple ! Ceci renforce le partage du coût de possession.
- localisation : nous l’avons vu précédemment, plus l’opérateur a de NAS plus les distances de communication sont courtes et donc le coût de la communication est bas.
- forfaitisation : et tous ces éléments concourent au nirvana du DAF ! La forfaitisation ! En effet, l’opérateur en regard de ses implantations nombreuses et de la mutualisation de ses infrastructures pourra vous proposer un forfait mensuel pour le secours. Ce forfait incluera généralement : l’abonnement RNIS local du site à secourir, l’équipement du routeur avec une carte RNIS, les coûts de communication éventuels avec le NAS si le site passe en secours et l’accès au réseau par le NAS (ressources nécessaires sur le NAS). Le prix sera souvent variable en fonction du débit de secours souhaité (64 Kbps à 512 Kbps par exemple).
Le secours par NAS (opérateur) permet donc de s’affranchir de la majorité des points d’imperfections soulevés dans l’option de secours bout en bout. Seul reste le problème d’un débit de secours assez limité lié à la technologie RNIS. A noter de plus que dans la théorie avec un secours bout en bout vous pourriez atteindre un débit de 1920 Kbps (30 canaux B cumulés) ce qu’aucun opérateur ne vous proposera sur technologie NAS. Généralement le débit maximum de secours proposé sur NAS opérateur est de 512 Kbps.
Architecture technique du secours par NAS
L’approche est franchement similaire à celle du secours bout en bout. En effet, après tout un secours par NAS c’est un secours RNIS bout en bout avec à une extrémité un routeur et à l’autre un NAS ! Les notions de détection d’indisponibilité, d’établissement de communication et de libération de la connexion sont les mêmes. Toutefois, en regard du caractère « mutualisé » du NAS il sera nécessaire de mettre en œuvre quelques artifices de sécurisation supplémentaires.
L’identification de l’utilisateur
Nous avons vu précédemment que l’identification d’un appelant pouvait se faire sur deux niveaux :
- identification du numéro appelant
- transmission d’une couple identifiant / mot de passe lors de l’établissement de la connexion PPP
Pour ce deuxième point il faut donc que le NAS qui accueille la connexion ait une table des identifiants / Mot de passe de chaque utilisateur (si nomade) ou routeur (si secours RNIS) pour vérifier ces identifications.
On pourrait envisager une table locale mémorisée dans le NAS lui-même. Charge à l’opérateur de mettre à jour cette table à chaque création de user. Mais nous avons vu que le RI permettait de rerouter l’appelant vers d’autres NAS si celui le plus proche est indisponible ou surchargé. On ne peut donc pas anticiper le NAS de connexion ! Ceci implique qu’il faudrait entrer les identifications dans tous les NAS !
L’opérateur est plutôt pragmatique … Il va donc préférer utiliser une base centralisée qui sera consultée par chaque NAS à chaque demande de connexion. La solution d’identification la plus connue dans ce type d’usage est la base RADIUS (Remote Authentication Dial In User Service). Cette technologie permet de mettre en œuvre des fonctionnalités d’identification très évoluée avec des volumétries pharamineuses, mais ce n’est pas l’objet de notre cours. Retenons simplement que ces bases sont implémentées sur des serveurs dédiés que l’on appelle couramment : Serveur Radius.
Par contre, si ce serveur (ou ces serveurs lorsqu’on pense à installer des serveurs de secours) doit être contacté par n’importe quel NAS, il faut que chacun d’entre-eux puisse le joindre à travers un réseau. Il faut donc installer les NAS en réseau avec le serveur Radius.